Indicibles territoires

Tout s’est arrêté pendant presque trois mois

A l’heure où nous mettions la touche finale à la programmation de notre saison consacrée aux Territoires, la crise du covid a éclaté en Europe, enfermant chez soi des millions de personnes. Laissant mourir les aînés dans la solitude la plus complète, laissant en première ligne les métiers de la chaîne alimentaire, des soins de santé et de l’accompagnement aux plus démunis, de la distribution, les éboueurs… Héroïsant un personnel médical dont les revendications sont ignorées depuis des années, mettant sous les projecteurs les inégalités endémiques de notre société.

Tout s’est arrêté pendant presque trois mois. Nos territoires ont changé, ont été remis en question. Il a été interdit de sortir, de voir la famille, les amis. Et même si la vie reprend doucement ses droits à l’heure où nous vous écrivons, nous ne pouvons toujours pas nous embrasser, nous serrer dans les bras, puisque les distances sont vivement recommandées. Le rapport au territoire de l’intime est bouleversé. Le rapport au territoire tout court est modifié. Quel sera-t-il à l’avenir ? Et comment en parlerons-nous ?

Paroles de résistance

« Est-ce le territoire qui te choisit ou toi qui choisis le territoire où tu vis, circules, respires, chantes, danses, racontes ? » C’est une des questions posées par le spectacle d’Hélène Bardot, Sophie Clerfayt et Christine Métrailler qui a inspiré notre thématique de saison. Indicibles territoires ouvrira la troisième édition de notre festival Paroles de résistance organisé en étroite collaboration avec l’Espace Senghor. Ce lieu, dont le nom symbolise à lui seul toute la complexité d’une résistance face à l’oppression, aux choix difficiles qui y sont liés, fera plus qu’accueillir le festival, il lui donnera une attention vraie et une ampleur particulière en y apportant des propositions neuves.

Les artistes que nous avons invités dans cette programmation vous emmèneront dans leurs territoires géographiques et intérieurs, dans ceux de la famille et du couple, dans ceux des langues maternelles, paternelles et d’adoption, dans des territoires imaginaires, rêvés ou, au contraire, vécus au quotidien. Vous entendrez des récits, des contes, bien sûr, mais aussi des chants, du slam, de la poésie, des créations sonores, de la musique et vous verrez du cinéma. Et tout au long du festival, à la frontière entre spectacles, concerts, café citoyen, atelier pour famille, Joy Slam, Apollinaire Djouomou et Urbanisa’son dessineront les contours d’un territoire unique spécialement créé pour vous, avec vous.

Les territoires de l’enfance

Mais avant toutes ces belles rencontres il en est une à laquelle nous vous invitons… pour parler des lieux que l’on quitte, des territoires réels ou intimes que nous abandonnons, de ceux que nous retrouvons mieux, autrement, parfois vides, avec ou sans les êtres chers qui y sont restés, Le fil dévie de Mathilde Bensaïd que nous avions dû annuler au mois d’avril, vous sera reproposé tout début octobre ainsi qu’un week-end consacré aux territoires de l’enfance…

On se réjouit de vous retrouver pour de nouveaux territoires à explorer ensemble.

Christine Andrien & Magali Mineur