Le manger pour coeur

Projet mené en 2020

A partir de la conférence de Gigi Bigot
Production et coordination de l’outil Théâtre de la parole

Thématique

La tradition populaire orale comme vecteur de partage de références culturelles, comme outil d’expression, de construction de la pensée critique et de possible changements.

Objectifs

  • Le conte comme outil de connaissance de soi et de l’autre.
  • Le conte comme outil de communication.
  • Le conte comme moyen de développer les capacités de pensées critiques.
  • Le conte comme outil de reconnaissance culturelle.
  • Utiliser le langage symbolique pour impliquer les membres d’une minorité souvent perçue comme « invisible » par la société à la dimension citoyenne.
  • Ouvrir la porte et s’appuyer sur la mémoire collective comme outil pour lutter contre la fracture sociale, spatiale et culturelle.

On se réinvente pendant la crise sanitaire

Si la conférence a pu avoir lieu comme prévu et devant un public mélangé : artistes de la parole, psychologues, acteurs sociaux (Lire et Ecrire, La Rue asbl) notamment, les échanges prévus avec Gigi Bigot n’ont pas pu être réalisés.

Cependant le livret outil reprenant le contenu de la conférence et quelques réflexions critiques, analytiques ainsi que des pistes pédagogiques a pu être réalisé.

Pistes d'utilisation

L’outil présenté a été réalisé dans le cadre des missions d’Éducation permanente.

Ces pistes d’utilisation/pédagogiques ne sont que des propositions, chaque utilisateur·rice est invité·e. e à se saisir de l’outil comme il. Elle l’entendra dans le respect de la dimension initiale et sans en détourner le propos.

Utilisation première

Solliciter la mise en place d’ateliers avec les groupes intéressés à court, moyen et long terme. Ces ateliers s’appuieront sur l’expertise du Théâtre de la parole et prendra appui sur le contenu du document joint.

Pourquoi utiliser le conte en situation d’Education permanente ?

Le conte issu d’une tradition populaire orale est avant tout un récit. Un récit qui plonge ses racines dans une mémoire collective vaste et complexe imbriquée dans un ensemble de références culturelles multiples.

Il est donc le reflet d’une culture qu’elle nous soit proche ou éloignée. Selon le dictionnaire Larousse, le mot « culture » a plusieurs acceptations. Pour notre propos nous retenons qu’il s’agit d’un ensemble de l’ensemble des phénomènes matériels etidéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation, une civilisation,paroppositionàunautregroupeouàuneautrenation.

C’est en ce sens que l’on parle de « la culture occidentale » par exemple. Ce sont donc les manières de voir, de sentir, de percevoir, de penser, de s’exprimer, de réagir, les modes de vie, les croyances, les connaissances, les réalisations, les us et coutumes, les traditions, les normes, les valeurs, les mœurs d’une civilisation. C’est donc tout ce qui relie et unit les individus appartenant à un groupe.

Découvrir la culture permet donc de percevoir les singularités et similitudes existantes entre les peuples.

De nombreux peuples ont ainsi développé leur vision du monde à travers les mythes, les légendes, les épopées, les contes. Cela leur a permis d’expliquer l’univers, notamment sa création, ou le développement de la personne humaine comme par exemple les étapes du chemin initiatique, passage entre adolescence et âge adulte.

Dans nos sociétés multiculturelles, le conte est donc un moyen de rencontrer la culture de l’autre. En effet, de par son universalité, il aborde des thématiques identiques dans des cultures différentes en s’y adaptant. Ainsi, les motifs d’un conte et ce qu’ils connotent peuvent varier d’une culture à l’autre.

Par exemple, ce que représente le loup dans la culture européenne est représenté par le tigre dans la culture indienne, et par le lion dans la culture africaine. Il devient donc possible de faire un travail d’analyse de contes de différentes cultures en cherchant les liens entre eux, et en comparant les éléments qui varient et ceux qui affichent une similarité.

Ce cheminement permet de rencontrer ce qui est identique dans différentes cultures (principe de « similarité », ce qui unit différentes cultures) et ce qui est différent (principe de « diversité », ce qui distingue différentes cultures). Chaque conte porte en lui la culture de celles et ceux qui l’ont raconté. Il est aussi compris à travers la culture du public qui l’entend.

Le conte est fortement lié à la notion d’intertextualité. Selon Roland Barthes, « Tout texte est un intertexte; d’autres textes sont présents en lui, à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables : les

Textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante ». (Roland Barthes, article « Texte (théorie) » , Encyclopaedia universalis, 1973) Pour Michaël Riffaterre, «l’intertextualité est la perception par le lecteur de rapports entre une œuvre et d’autres, qui l’ont précédé ou suivie. Ces autres œuvres constituent l’intertexte de la première » (Michaël Riffaterre, « La Trace de l’intertexte », La Pensée, N°215, octobre 1980)

Les contes font partie de l’inconscient collectif. Ils permettent de mieux comprendre les symboles et références d’une culture. On voit, par exemple, que dans certains pays du Nord de l’Europe, le renard est lié à la ruse et à la malice et le loup au danger et à la dévoration.

L’étude des variations d’un même conte permet d’en faire ressortir les particularités et de mettre en valeur les préoccupations du groupe dans lequel le conte circule.

De par son ancrage dans l’oralité la structure d’un conte permet de soutenir l’apprentissage de la langue orale tant dans sa compréhension que dans sa production. Il est en effet possible d’inviter les participants à raconter eux-mêmes les contes qu’ils connaissent. Il permet d’appréhender le fonctionnement d’un texte écrit (gauche à droite, de la première à la dernière page), le rôle de la syntaxe, de la grammaire et de la ponctuation dans la musicalité de l’histoire, la structure type d’un conte (situation initiale, l’élément perturbateur, les différentes actions, l’intervention qui permet de retrouver un équilibre et la situation finale). Tous ces éléments sont indispensables à la lecture.

Enfin, le conte est un outil de valorisation. Valorisation personnelle et sociale puisqu’il permet de créer du lien - dans le plaisir du moment du « raconté » - entre des adultes d’origines et de cultures différentes, entre parents et enfants.

Les contes merveilleux ont une structure particulière. Pour la repérer, voici quelques éléments :

REPERER UNE STRUCTURE

La situation initiale

Le décors est mis en place, les personnages principaux présentés

L’espace est celui du quotidien, du « civilisé », du lieu dans lequel les personnages vivent, agissent au jour le jour : manger, dormir, boire, jouer, régner,... Le temps s’y écoule de façon chronologique, une heure après l’autre, le jour passe et la nuit se lève. Les actions qui s’y produisent le sont une seule fois mais répétées chaque jour et chaque nuit

L’élément perturbateur

C’est ce qui va déclencher l’action du héros ou de l’héroïne. Il est souvent le résultat d’un manque : manque de reconnaissance, d’écoute, d’amour, manque de sociabilité, d’adhésion au groupe et le fruit d’un rejet parfois : d’une différence (laideur, pilosité extrême, grandeur, difformité, ..) ou d’une caractéristique difficile à entendre par un groupe familial ou social (beauté excessive, don extraordinaire, ..)

Les différentes actions

Ces actions sont la suite logique du départ provoqué par l’élément déclencheur

L’espace devient autre, sauvage et non plus « civilisé » comme celui de la situation initiale. Les actions y sont menées de façon répétitive et suivie (il pleure, pleure, pleure ; elle court, court, court)

L’intervention des Autres

« Bons » ou « Mauvais », les Autres personnages rencontrés sur le parcours du héros ou de l’héroïne empêchent ou aident. C’est le début des relations sociales, des rapports de force, des découvertes de ce qui est révélé de l’Autre de différent, d’étrange aussi par rapport aux « normes » et « convenances » dans lesquelles le personnage principal était au début de l’histoire. C’est aussi parfois le lieu de la découverte du sauvage dans ce qu’il a d’intuitif, de non raisonné et qui mène à l’action.

La situation finale

Un retour ... celui du héros ou de l’héroïne vers son lieu de départ avec ou sans trésor concret mais avec toujours quelque chose en plus et parfois de l’ordre de l’intime

Inviter les participants.es à repérer le schéma d’un conte. Ce schéma pourra servir de point de repère pour aborder un travail de comparaison avec d’autres versions du même conte.

Repérer les similitudes et les différences entre les structures de chacune des versions permet de dégager les spécificités liées à une culture et à ses références.

Utilisation seconde

Repérer à l’intérieur du conte dans une de ses versions les éléments qui sont le fruit d’expressions populaires, du langage courant.

Par exemple dans une des versions du conte de Cendrillon « la princesse trouva chaussure à son pied ».

Renvoie à diverses expressions comme « prendre son pied » et à toute la dimension psychologique, morale, sociale qu’elle revêt.

Utilisation troisième

Repérer à l’intérieur d’une version d’un conte ce qui ne se voit pas de prime abord. C’est pourquoi l’analyse des symboles véhiculés dans le conte peut être un outil pour aborder le sens caché, le double sens, ce qui dans nos vies fait lien avec l’extérieur, le monde « social » et ses codes. La puissance de l’imaginaire repose sur les symboles employés pour dire l’imaginaire en question.

La symbolique si elle renvoie à un concept, est aussi un moyen d’analyser les modes de communication pour parler d’une situation, la faire sienne éventuellement, et mieux cerner le champ dans lequel elle se situe.

Ainsi chacun.e peut être invité.e à dire dans un premier temps ce que le symbole révélé signifie pour lui.elle et dans un second temps de partager les significations multiples du même symbole : couleurs, espaces traversés, personnages, animaux, formes, plantes sont autant de domaines dont les éléments significatifs varient d’une culture à une autre.

Par exemple : le siège de l’amour en Occident se situe dans le cœur. Au Maroc il s’agira du foie.

Diffusion

L’outil a été diffusé auprès de tous les artistes qui fréquentent le Théâtre de la parole, les pédagogues, mais aussi auprès du réseau associatif du Théâtre de la parole.

Par ailleurs, le Théâtre de la parole a assurer la diffusion :

  • Grâce à son site à partir duquel des liens peuvent renvoyer à l’outil final et à son utilisation possible
  • Par Kaléidoscope - FWB
  • Par le « bouche à oreille » et le contact direct avec les acteurs sociaux, le public qui fréquente le Théâtre de la parole, les relations professionnelles dans le milieu social et artistique
  • Lors de toute demande faisant l’objet de réalisation des ateliers-outil à partir de la méthodologie reproductible

Support

Contact

Animation, formation et accompagnement ainsi que mise en place d’un évènement – Magali Mineur –magali.mineur@theatredelaparole.be


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