Mémoire et oralité dans un monde en cendres
Histoire d’un théâtre en prise avec les enjeux décoloniaux et intersectionnels
Présentation par Jérémie Piolat
Je suis invité pour l’année qui vient, 2026-2027, à travailler aux côtés du Théâtre de la parole, afin d’aboutir à un écrit qui rendra compte de leur histoire toujours en cours.
Il s’agira d’un travail à la fois anthropologique mais aussi en quelque sorte de l’ethnographie d’une mémoire, et d’une narration.
Le travail n’en est encore qu’à son esquisse. Mais, à partir de ce que j’ai pu connaître, voir, entendre, observer et rencontrer du Théâtre de la parole, voici quelques bases à partir desquelles se construira mon travail.
Je pense que le théâtre de la parole doit être désigné « théâtre » au sens plein du terme. `Il est à la fois une troupe de théâtre et un lieu qu’on appelle « théâtre ». On l’appelle ainsi parce qu’on y travaille entre autres la scène et par la scène. On y travaille la parole, le conte violent et les mouvements du corps, avec exigence, temps, précision. On y travaille aussi les mémoires ouvrières, féminines, racisées, exilées. On y œuvre également au débat, à la transmission, au pouvoir féminin, et à la mise en lumière des violences et des obscénités contemporaines assumées ou insidieuses, de la colonialité, des limites, de l’eurocentrisme, des larmes blanches qui tentent parfois de recouvrir les autres.
Enfin, on tente de s’y ouvrir aux puissances culturelles extra-occidentales et non eurocentrées, aux réponses décoloniales, à l’expérience et aux expertises des subalternisés, des racisés, des corps déjà au courant des changements et amoindrissements inévitables.
Avant même d’être une troupe ou en même temps qu’il l’est, le théâtre de la parole fût, est et demeure un lieu. Soit, un endroit, accessible, ouvert où l’on peut se retrouver ou passer, transmettre, se renforcer à l’heure des dangers innombrables.
Biographie de Jérémie Piolat
Jérémie Piolat est Docteur en sciences politiques et sociales de l’UCLouvain, et anthropologue. Son travail porte sur le corps, les cultures populaires et les violences coloniales. Il est membre du Laboratoire d'Anthropologie Prospective (LAAP) de l'UCLouvain, et professeur de l’enseignement supérieur en sciences sociales.
En 2011 parait son essai « Portrait du colonialiste » aux éditions La Découverte / Les empêcheurs de penser en rond, questionnant les conséquences des prémisses coloniales les sur occidentaux. L’ouvrage augmenté est réédité en 2021 et 2024 (Editions Libre). En 2023, il sort le livre « Sudalisme » (Editions Libre).
Auteur d’une cinquantaine d’articles, il intervient dans de nombreuses conférences et a élaboré plusieurs modules de formation sur le sudalisme, le racisme systémique et la blanchité. Son travail actuel a pour objet l’impact de l’imaginaire colonial sur les milieux de l’art, du cinéma et de la police. Par ailleurs, il mène également une recherche sur les « comportements blancs » et les représentations de la blanchité. Enfin, il élabore un projet de conférences nouvelles autour de l’idée d’une : esthétique sociologie décoloniale.
LIEN
Livre : Portrait du colonialisme
Livre : Sudalisme. l'imaginaire qui nourrit le racisme
Texte : L'action pour la santé en contexte multiculturel
Vidéo : RACISME - l'idéologie occidentale qui légitime le suprémacisme et l'islamophobie
Vidéo : Sudalisme, l'imaginaire qui nourrit le racisme